Mieux se motiver – Comment identifier la pensée dogmatique qui donne lieu à des croyances limitantes ?

In Mieux se motiver - Pilier 3 by Ismail SadkyLeave a Comment

Se libérer des croyances

La majeure partie des apprentissages dans ce domaine ne passe pas par des leçons de morale mais par l’attitude des professeurs-éducateurs qui adoptent une posture structurante sans être rigide, bienveillante mais non laxiste, autoritaire mais pas autoritariste. Une posture qui se définit par une recherche permanente d’équilibre entre écoute et exigence. Il n’est pas question de priver le jeune de la confrontation avec l’adulte, nécessaire pour le cadrer, le rassurer,  lui fournir des repères et le construire en l’amenant à reconnaître et accepter ses limites. Il s’agit d’exercer une autorité distincte de la domination-soumission. Il faudra amener le jeune à réaliser que l’exigence de ses professeurs n’est pas de l’ordre de la persécution mais une preuve de respect pour lui et de confiance dans ses capacités.

Les neurosciences[1] éclairent le pédagogue confronté aux élèves difficiles ou violents. Des exercices de prise de conscience et de mise en mots permettent au jeune d’introduire un temps de latence entre le moment où il ressent de l’agressivité, de la colère, de la frustration, de l’humiliation… et le moment où il passe à l’acte. Transitoirement, l’enseignant eut être amené à verbaliser à sa place et son ressenti pour l’aider à l’identifier et le nommer. En passant du circuit court au circuit long le jeune apprend à contrôler ses réactions spontanées et à différer les passages à l’acte. Peu à peu il conviendra de l’éduquer à la frustration et de lui donner des moyens de la gérer, de sortir de la logique de l’immédiateté pour lui permettre de retourner dans un cadre où l’on ne prendra pas les mêmes précautions avec lui. Afin de rompre le cercle vicieux sensation désagréable-agressivité-sanction il faudra faire découvrir au jeune les satisfactions, les bénéfices secondaires de la compétence « contrôler ses pulsions », de l’affirmation de soi non violente.

Veillez à établir un climat favorable en limitant les facteurs qui nourrissent l’agressivité : peur, frustrations, humiliation, sentiment d’insécurité… et en développant les facteurs qui limitent cette agressivité : liens interpersonnels, analyse des situations, capacités de conscientisation et de verbalisation… Il s’agit de poser des interdits sur les actes et non sur les désirs de ces jeunes pour éviter les tensions qui naissent de l’inhibition.

Chaque jeune doit être  initié aux méthodes de résolution de conflit non-violentes, à la médiation. Peu à peu ces situations seront porteuses de messages :

  • Autrui est différent de moi mais il a la même valeur. Il a de bonnes raison de penser ce qu’il pense, d’agir comme il le fait, de ressentir ce qu’il ressent = reconnaissance inconditionnelle d’autrui.
  • Emotions et sentiments ne sont pas des signes de vulnérabilité et de faiblesse ou de féminité mais au contraire des richesses et des sources d’information sur moi et sur le monde qui m’entoure.
  • L’expression de ses émotions et sentiments n’est pas une preuve de faiblesse mais de force, c’est un mode adulte d’affirmation de soi.
  • Dans un affrontement il n’y a pas un qui a raison et un qui a tort, un gagnant et un perdant.

 L’entraînement à l’expression non dogmatique est essentiel. On sait aujourd’hui que les élèves qui peinent à mobiliser leurs capacités intellectuelles dans des activités scolaires recourent couramment à un langage dogmatique qui est l’expression d’une pensée pétrifiée. A partir de ce constat on multipliera les exercices qui les aident à sortir de cet enfermement psycho-linguistique.

 Caractéristiques du langage dogmatique   Apprentissage du langage non dogmatique
La redondance du verbe être au présent L’utilisation de verbes et de temps qui rendent compte de  nuances et de possibilités d’évolution
Des généralisations abusives et des jugements définitifs Le raisonnement sous forme d’hypothèses, l’attribution d’un caractère approximatif et provisoire aux assertions
Une part importante d’implicite  Le recours à l’explicitation, l’autre est différent de moi, il a donc besoin que je m’explique pour pouvoir me comprendre
Une sélection de faits confirmant les a priori  La recherche de contre exemples et de contre évidences
Des émotions occultées et projetées sur l’environnement Le passage de l’attitude projective à une attitude réflexive et la tolérance de la critique
Disparition du « je » au profit de « on », «nous », «vous », « tu »  La capacité à s’exprimer à la première personne sans se cacher derrière les autres et sans partir du principe que les autres pensent comme vous
Une coupure émotionnelle, en particulier pour les garçons  L’acceptation de ses émotions comme richesse humaine et non comme faiblesse ou manque de virilité
La contagion émotionnelle, en particulier pour les filles  La prise en compte de sa propre subjectivité distincte de celle de l’autre, la capacité de s’affirmer différente du groupe 
Un défaut d’empathie   La capacité à percevoir et comprendre les opinions, les émotions et les actions d’autrui. L’élaboration d’interprétations sociales. La décentration pour écouter l’autre sans faire de projections sur lui

[1]   Voir par exemple les recherche de Daniel Favre, neurobilogiste et professeur en sciences de l’éducation :

« Transformer la violence des élèves » aux éditions Dunod

Texte de Nicole Bouin – Enseignante formatrice militante du CRAP

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