La neuropédagogie ! Est ce utile ?

In Mieux se connaître - Pilier 1 by Ismail SadkyLeave a Comment

Qu’est ce qui se passe dans le cerveau d’une personne qui apprend ?

Comment améliorer les méthodes d’apprentissage ?

Cerveau

Grâce aux neurosciences, en particulier l’imagerie cérébrale, il existe aujourd’hui une véritable science des apprentissages : c’est la « neuropédagogie », terme introduit en France en 2006.

Les enseignants développent aujourd’hui un aller-retour entre labo et école. Les découvertes des neurosciences commencent à être enseignées aux étudiants des nouvelles Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE). Elles aident à expliquer pourquoi certaines situations d’apprentissage sont efficaces, alors que d’autres ne le sont pas.

Automatisation et contrôle

L’IRM (imagerie cérébrale) a permis de démontrer l’existence de deux formes complémentaires d’apprentissage neurocognitif : l’automatisation par la pratique et le contrôle par l’inhibition.

Dans le cas de l’automatisation, c’est initialement la partie préfrontale (avant) du cerveau qui est activée car la mise en place des habiletés nécessite un contrôle et un effort cognitif (mémoriser par cœur une liste de mots, par exemple). Ces habiletés s’automatisent avec l’apprentissage : c’est la partie postérieure du cerveau, ainsi que les régions sous-corticales, qui prennent le relais. Dans le cas inverse (désautomatisation), il s’agit d’apprendre à inhiber les automatismes acquis pour changer de stratégie cognitive. L’imagerie cérébrale a permis de montrer le changement qui se produit dans le cerveau des élèves lorsque, sous l’effet d’un apprentissage, ils passent, au cours d’une même tâche de raisonnement, d’un mode perceptif facile, automatisé mais erroné, à un mode logique difficile et exact. Les résultats indiquent un basculement très net des activations cérébrales, de la partie postérieure du cerveau au cortex préfrontal – dynamique cérébrale inverse de l’automatisation.

Le premier type d’apprentissage – l’automatisation par la pratique – correspond aux connaissances générales, bien établies, apprises par la répétition, la mémorisation, et qui doivent être connues de tous, comme les programmes à l’école, par exemple. À l’inverse et complémentairement, le second type d’apprentissage – le contrôle par l’inhibition – fait appel à l’imagination, à la capacité de changer de stratégie de raisonnement en inhibant les automatismes habituels. C’est « apprendre à résister  ».

À l’école, depuis toujours, on apprend surtout par la répétition, la pratique et l’automatisation. C’est très bien mais, comme on vient de le voir, le cerveau des élèves doit aussi apprendre à raisonner par le schéma inverse : inhiber ses automatismes. L’inhibition est, en effet, une forme de contrôle attentionnel et comportemental qui permet aux enfants de résister aux habitudes ou automatismes, aux tentations, distractions ou interférences, et de s’adapter aux situations complexes par la flexibilité. C’est un signe d’intelligence. Le défaut d’inhibition peut expliquer des difficultés d’apprentissage (erreurs, biais de raisonnement, etc.) et d’adaptation tant cognitive que sociale.

Par exemple, une erreur massive observée à l’école élémentaire concerne les problèmes dits « additifs » à énoncé verbal : « Jean a 10 bonbons. Il a 5 bonbons de plus que Tom. Combien Tom a-t-il de bonbons ? » La bonne réponse est la soustraction 10 – 5 = 5, souvent les enfants ne parviennent pas à inhiber l’automatisme d’addition déclenché par le « plus que » dans l’énoncé, d’où leur réponse erronée : 10 + 5 = 15. Un autre exemple concerne la lecture. Les apprentis lecteurs, comme les lecteurs experts, doivent toujours éviter de confondre les lettres dont l’image en miroir constitue une autre lettre : par exemple, b/d ou p/q. Cette difficulté est renforcée par le fait que pour apprendre à lire, le cerveau humain recycle des neurones initialement utilisés pour identifier les objets de l’environnement : les animaux, par exemple . Or un animal est le même quelle que soit son orientation par rapport à un axe de symétrie. Pour discriminer les lettres en miroir, notre cerveau doit donc apprendre à inhiber ce biais cognitif .Comme les enfants, les adultes, inconsciemment, doivent toujours résister à la généralisation en miroir.

Source Olivier Houdé

Professeur à l’Université Sorbonne Paris Cité où il dirige le Laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant du CNRS, il a notamment écrit La Psychologie de l’enfant, 7e éd., Puf, coll. « Que sais-je ? », 2015, et Apprendre à résister, Le Pommier, 2014

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