La classe CARE – L’autonomie

In La classe CARE by Ismail SadkyLeave a Comment

« Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours. » 
Gandhi

L’initiative, la liberté, et l’autonomie sont les meilleurs moyens de progresser, pour savoir apprendre en toutes situations.
Pour réussir en situation d’autoformation , il importe de développer et de renforcer sa capacité d’autonomie, ce qui ne veut pas dire, nous le rappelons, être livré à soi-même et seul dans son apprentissage.
Au sens large, selon Linard (2003),  l’autonomie est un « mode plus ou moins indépendant de fonctionnement et d’action […] en relation avec (un) environnement. »

Les notions d’autonomie et d’apprendre à apprendre sont liées, et selon les auteurs se confondent (est autonome l’étudiant qui sait apprendre, pour Holec) ou se distinguent (apprendre à apprendre, c’est se préparer à être autonome, pour Portine). L’utilisation d’autres concepts, tels que autoformation, auto-direction, sème un peu plus la confusion.

Pour Blin, l’autonomie se définit « comme une approche éducative qui […] permet aux apprenants de prendre la responsabilité et le contrôle de leur apprentissage, et qui les aide à évoluer progressivement d’un état de dépendance vis-à-vis de l’enseignant à un état d’indépendance et d’interdépendance.[…] Une formation autonomisante devra donc développer la capacité à être autonome: apprendre à apprendre, à construire des savoirs et savoir faire langagiers et à collaborer en seront les éléments clés. »

Définissons donc l’autonomie comme la capacité à prendre en charge son apprentissage. (Cela tient en une toute petite phrase, mais derrière l’arbre se cache la forêt !)
Et distinguons plutôt l’autonomie, en tant que résultat du processus d’autonomisation et puissance de faire, de l’autodirection de l’apprentissage, qui est un comportement effectif, un faire. Si le faire implique la puissance de faire, l’inverse n’est pas vrai.
Pour savoir apprendre, il faut d’abord vouloir apprendre. Cette condition semble évidente, mais cela ne l’est pas forcément pour tout le monde, pour des raisons diverses. De plus cela ne suffit pas : il faut aussi, nous l’avons vu, en avoir la capacité (propre à la personne), et la possibilité (offerte par l’environnement).

« l’autonomie est une capacité de haut niveau, cognitive mais aussi psychologique et sociale, qui implique des qualités d’attention, d’autocontrôle, d’intelligence, de confiance en soi et de relation que peu d’individus possèdent ensemble à l’état naturel », selon M. Linard (2003).

De ce fait, l’autonomie ne peut être considérée comme un pré-requis. Le système éducatif se doit cependant de la considérer comme une finalité essentielle de formation, et accompagner son développement. En effet, dans un monde en perpétuel changement, où les savoirs deviennent rapidement inadaptés aux nouveaux besoins, il importe plus de savoir apprendre que d’avoir accumulé des connaissances promises à l’obsolescence. Selon le psychologue Herbert Gerjuoy, « L’illettré de demain ne sera pas celui qui n’a pas appris à lire. Ce sera celui qui n’a pas appris à apprendre. »

Nous avons réalisé dans les chapitres précédents un tour d’horizon des savoirs et savoirs-faire à acquérir pour s’engager et tirer le meilleur profit de l’activité d’apprentissage.
QUELLES SONT LES TECHNIQUES QUI FAVORISENT L’AUTONOMIE ?

L’autonomie implique la liberté d’action, mais également la gestion et le contrôle (volontaires) de l’apprentissage, ainsi que la responsabilité (co-responsabilité si l’on se situe dans le processus d’autonomisation).

Voyons la forêt dans son ensemble :

« l’autonomie, c’est construire un projet d’action et gérer la réalisation de ce projet au sein d’une structure qui définit les contraintes globales et apporte une aide lorsqu’elle est nécessaire. » « Etre autonome, c’est savoir se fixer des objectifs que l’on peut atteindre et gérer son temps et ses activités en fonction de ces objectifs au sein d’un ensemble plus grand qui détermine ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. »
Dans L’autonomie de l’apprenant en question de H. Portine

Puis chaque arbre qui la constitue :

Identifier un besoin, une habileté à acquérir, le formuler en termes de buts, sous-buts, d’objectifs spécifiques, d’en planifier la réalisation à court, moyen, et long terme, choisir les supports de travail appropriés, recueillir les informations pour résoudre son problème, évaluer à différentes étapes la validité des choix opérés, prévoir et identifier les difficultés, y remédier, évaluer les acquis et l’atteinte des objectifs… la liste n’est pas exhaustive !

On aperçoit d’emblée le lien étroit entre ces savoir-faire et les connaissances et habiletés métacognitives : pour développer l’autonomie, il faut développer les capacités métacognitives.

LA METACOGNITION

« Ce sont les stratégies métacognitives qui permettent aux apprenants efficaces d’exercer un contrôle sur leur apprentissage. Ces stratégies générales sont essentielles en situation d’autonomie puisqu’elles permettent à l’apprenant de gérer ou de réguler son apprentissage, de sélectionner ou de mettre en œuvre des méthodes ou des techniques et de les évaluer. « 
Lise Duquette.

« l’importance des capacités métacognitives croît à mesure que les contraintes extérieures diminuent »
Jean-Franois Rouet (2001).

La liberté de décision, de choix, de contrôle laissé à l’apprenant sur sa formation favorise le développement de la métacognition. En effet, pour apprendre, il faut pouvoir se tromper, et pour pouvoir se tromper, il faut pouvoir faire des choix.

Enfin, l’ouverture du dispositif à la parole des apprenants favorise elle aussi la gestion et le contrôle qu’il pourra avoir ou prendre progressivement sur tout ou partie de son apprentissage. Elle se traduit par le suivi personnalisé qui peut être réalisé grâce au carnet de bord par la disponibilité des tuteurs pour fournir une  aide quand elle est nécessaire, par les forums qui peuvent permettre des interactions réflexives entre pairs.

Texte extrait du site : http://crl‌.univ-lill‌e3.fr/appr‌endre/plan‌_du_site.html


L’autonomie absolue n’existe pas, nous parlons plus d’un processus d’autonomisation, à la fois au sens psychologique, l’autonomisation c’est la capacité à se donner à soi même ses propres normes et se conduire par soi même et au sens philosophique, celui de Kant, qui parle de l’évolution vers les lumières comme l’accès à l’autonomie, c’est  dire à la capacité de décider soi même de son propre destin.

Apprendre à être autonome c’est apprendre à construire un projet, à identifier ce que l’on veut , où l’on va, c’est apprendre à connaitre son environnement, identifier dans son environnement : les ressources, les richesses, les contraintes de cet environnement, bien le connaitre et ensuite chercher dans son environnement ce qui peut permettre de réaliser son projet.

La relation entre la personne et l’environnement est centrale.

Au delà de la construction de l’autonomie, cette relation entre la personne et l’environnement vaut pour tout apprentissage

Par exemple  apprendre à lire, c’est prendre dans un texte des indices. Le texte est un environnement qui nourrice un projet de lire qui est projet de compréhension du texte

Prendre sa vie de manière autonome, c’est se donner les moyens d’aller chercher autours de soi des outils, des méthodes, des données, des informations que l’on va saisir ensemble pour les mettre au service d’un projet.

Trop souvent lorsqu’on parle d’environnement, on évoque la multitude des outils techniques qui sont à notre disposition, des ressources matériels, ou la nature .On oublie trop que l’environnement de l’Homme c’est aussi et peut être d’abord les autres Hommes, les autres hommes et les femmes qui font partie de cet environnement.

L’accession à l’autonomie, c’est donc la possibilité de rentrer en interaction avec les autres autour de soi pour voir comment les échanges qu’on entretien avec les autres peuvent permettre de construire son projet, de se donner une identité et d’aller vers la liberté.

L’autonomie se construit dans la capacité que l’on met en œuvre de, non pas utiliser l’autre, mais être avec l’autre dans un projet de « co » opération.

Au sens propre «  opération commune » où chacun s’implique et où chacun en s’impliquant bénéficie du soutien, de l’apport et de l’appui de l’autre.

Alors construire l’autonomie, et bien c’est se donner des outils matériels, on va construire l’autonomie documentaires, on va construire l’autonomie en matière de comportement quotidien, on va construire l’autonomie pour une personne en situation de handicap lui permettant de vivre au mieux dans les meilleures conditions en lui donnant des outils, mais construire l’autonomie, plus encore que cela c’est former la personne à identifier autour d’elle cette multitude de richesses que constituent les autres humains qui vont lui apporter dans ses échanges des moyens de trouver elle-même sa propre voie.

Et puis des aides aussi dont il ne faut pas croire qu’elles sont à sens unique, parce que dés lors que quelqu’un aide quelqu’un d’autre, il trouve aussi sa place, l’aidant est toujours un  aidé, c’est l’humaine condition qui nous montre cela. Un aidant est toujours aidé par celui qui l’aide, il trouve du sens dans l’acte d’aider, il trouve son identité dans le fait de se mettre en relation et en interaction avec autrui.

L’humaine condition est pétrie de cette solidarité.LA solidarité n’est pas anecdotique, elle n’est pas un détail de l’humaine condition. On accède à l’humaine condition que par la solidarité c’est-à-dire avec les autres, en travaillant avec eux et en concertation et en coopération avec eux.

Pour bien comprendre l’apprentissage, il faut prendre en compte deux affirmations qui apparemment contradictoires.

Première affirmation, «  on apprend bien que ce qu’on a appris soi même », c’est-à-dire qu’un véritable apprentissage se fait dés lors qu’il y a une appropriation. Un élève par exemple, n’apprend bien que si les savoirs qui lui sont proposés répondent à des questions qu’il s’est posé, ou qu’on l’a amené à se poser. Quelqu’un n’intègre bien de nouveaux savoirs que si ça correspond à un besoin. C’est pour cela que l’on a pu parler d’éducation fonctionnelle, c’est-à-dire une éducation dans laquelle on fait en sorte que ce qui vient de l’extérieur soi repris à l’intérieur et que ce soit approprié dans le domaine cognitif ou sensorimoteur ou affectif.

Nous ne pouvons rien apprendre sans les autres, parce que nous ne naissons pas nous même, comme ça de nous-mêmes. Le véritable apprentissage, c’est celui où quelqu’un se saisi librement d’une expérience qui lui vient d’autrui, ou d’un savoir qui lui vint d’autrui.

L’Homme ne peut pas tout apprendre tout seul, il doit néanmoins apprendre lui-même ce qui lui vient des autres.

Cette association entre apprendre soi même, s’impliquer dans l’apprentissage en fonction de ses besoins et de son projet, et apprendre ce qui nous vient des autres et de ce que les autres sont capables de nous dire et en particulier leurs expériences et leurs savoirs est quelque chose qui est au cœur de ce qui noue tout apprentissage et qui fait que tout apprentissage est une relation.

Il n’y a pas d’apprentissage en dehors de cette relation, cette relation entre une personne et une autre personne qui est porteuse d’une autre expérience.

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